Projet en cours
Région de mise en place
Sénégal
Date de mise en place
Langue
Français
Champs d'action
DÉVELOPPEMENT DURABLE » Déforestation
ÉNERGIE PROPRE ET ABORDABLE » Biomasse
Compétences spécifiques requises
Administration
Directeur de Nébéday
Agriculture
Femmes en milieu rural
Artisanat
Femmes en milieu rural
Femmes en milieu urbain
Vente
Femmes en milieu urbain

Charbon de paille

Nébéday
Quel est l’objectif du projet ? Quel est le bien ou le service qui sera livré une fois le projet terminé ?

Partant du constat que les deux principaux facteurs de dégradation des forêts sont la fréquence des feux de brousse et la surexploitation due à l’approvisionnement de la population en combustibles ligneux, l’association NEBEDAY s’est engagé dans une action de recherche/développement dont le but est de produire un combustible de substitution à l’utilisation du charbon de bois, en valorisant les hautes herbes disponibles en forêt. Ce projet dénommé Déficharpa offre le double avantage de s’intégrer dans la lutte préventive contre les feux de brousse et de proposer une alternative énergétique aux ménages consommateurs de charbon de bois.
Le projet, initié en 2013, bénéficie du soutien de l’Agence Wallonne de l’Aire et du Climat.

Deux produits sont actuellement produits et commercialisés par les groupements féminins. Le premier est dénommé Kérigne Natangué Thiouraye et se caractérise par une combustion longue et diffuse. Il est particulièrement apprécié par les ménages sénégalais pour encenser leurs maisons. Le second est dénommé Kérigne Natangué Tiger dont la combustion est plus vive et offre une réelle alternative à l’utilisation du charbon de bois pour la préparation des repas. Etant donné les utilisations différentes de ces produits, les circuits commerciaux sont également différents. Il faut préciser que ce dernier maillon de la filière est encore en construction. Selon le Directeur de NEBEDAY, deux marchés sont identifiés. Concernant le Kérigne Natangué Thiouraye, les perspectives de commercialisation se situe à Dakar avec pour cible commerciale la classe moyenne, sensible aux questions environnementales et disposant d’un pouvoir d’achat suffisant pour adopter ce combustible. Le charbon Tiger est actuellement en phase de test et fait l’objet d’une commercialisation limitée sur le marché de Kaolack. En fonction de l’évolution des ventes et de la production, d’autres marchés urbains pourraient être explorées.

Quel est le contexte initial ?

Le bois énergie demeure sans conteste la principale source d’énergie de cuisson au Sénégal. Malgré une politique de substitution volontariste engagée dans les années 90, orientée prioritairement vers le gaz butane, le bois-énergie représente encore plus de 84% de la consommation en énergie des ménages. Le gaz butane a été progressivement intégré dans le mix énergétique des ménages urbains, en particulier ceux installés dans la Capitale, Dakar. La pénétration du gaz butane a toutefois connu un ralentissement significatif au cours des dix dernières années, suite à la suppression progressive de la subvention publique accordée par l’État.

L’exploitation forestière associée à la satisfaction de cette demande de bois-énergie est une des causes principales de la déforestation avec les feux de brousse. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), environ 40 000 ha de forêts (Rapport National FRA 2010) disparaissent chaque année au Sénégal. Le front d’exploitation forestière ne cesse de reculer sous la pression grandissante de la demande des principaux centres urbains pour se situer à plus de 400 kilomètres de la Capitale.

Face à ce constat, la priorité du gouvernement du Sénégal est d’assurer de manière durable l’approvisionnement des ménages urbains et ruraux en énergie de cuisson, tout en préservant les ressources forestières et l’environnement. La politique forestière se structure autour de trois orientations :

  • Assurer une exploitation forestière durable et légale grâce à l’aménagement participatif des forêts ;
  • Réduire la demande en combustibles par la promotion des fourneaux améliorés ;
  • Encourager l’utilisation de combustibles alternatifs et de technologies performantes de carbonisation.

L’association NEBEDAY s’est engagé, aux côtés des populations locales, dans la mise en œuvre de la politique forestière. L’objectif principal de l’association est la gestion participative des ressources naturelles par et pour les populations locales. Ses actions visent à assurer la protection des ressources naturelles tout en favorisant une valorisation durable et équitable des ressources avec des activités qui s’articulent autour d’aires protégées (forêts communautaires ou classées, aires marines protégées,…).

L’intervention de l’association NEBEDAY s’inscrit dans une approche territoriale intégré. Afin de relever les défis socioéconomiques, environnementaux et énergétiques auxquels doivent faire face les communautés locales, NEBEDAY apporte son soutien aux acteurs économiques et aux organisations locales, en particulier les groupements féminins. Son intervention se concentre dans la région du Sine-Saloum, plus spécifiquement dans les régions de Fatick et de Kaolack. L’engagement de NEBEDAY dans la production de briquettes fabriquées à base de paille découle de ses actions dans le domaine de la protection et de la gestion des forêts. L’impact négatif des feux de brousse sur la régénération naturelle des arbres ainsi que la surexploitation associée aux prélèvements de bois-énergie ont amené les populations rurales et l’association NEBEDAY à s’organiser et à agir. Dans une démarche d’ouverture, NEBEDAY a étudié et s’est inspiré d’autres initiatives engagées au Sénégal telle que la confection de briquettes à partir du poussier de charbon de bois réalisée par l’entreprise BRADES à Saint- Louis.

Équipe de projet
Nom Statut dans l'équipe Statut dans l'organisme Compétences
Directeur de Nébéday
Chef de projet
Direction
Administration
Femmes en milieu rural
Collecte de la paille et préparation du poussier
Externes
Agriculture
Artisanat
Femmes en milieu urbain
Pressage et commercialisation
Externes
Artisanat
Vente
Subventions, dons et autres acteurs
Nom Informations supplémentaires
BRADES
Inspiration du projet et confection des pressoirs
Bénéficiaires
Noms des bénéficiaires Critères de réussite spécifiques à ce bénéficiaire
Foyers des régions de Fatick et de Kaolack
Respecter les traditions locales tout en diminuant les coûts
Matériaux, espaces physiques et autres besoins indispensables

- Paille

- Eau

- Fûts

- Liant

- Pressoirs

- Transports

Décrire les différentes étapes du projet
Étape 1
Acteurs impliqués
Nébéday, GIE, GPF
Risques
Impliquer les bénéficiaires dès le départ de cette aventure nous à permis, en tout cas pour certaine d’entres elles de ne pas les « perdre » au cours de nos erreurs et de nos tests. C’est devenu autant le projet de Nebeday que le leur.
Description de l'étape

Contrairement au BRADES, l’approche retenue par NEBEDAY n’est pas entrepreneuriale mais communautaire. Les femmes jouent un rôle central dans le projet puisqu’elles sont directement concernées par la problématique de l’accès aux combustibles Dès le début du projet Déficharpa, des groupements locaux ont été impliqués et responsabilisés dans la conception et sa mise en œuvre. Les femmes se sont organisées en GIE ou en fédérations à deux niveaux : en milieu rural pour la collecte de la paille et la préparation du poussier ; ainsi qu’en milieu urbain pour le pressage et la commercialisation des briquettes.

Le processus de production mobilise plusieurs acteurs engagés sur les différents maillons de la filière. En amont, dans une quinzaine de villages, des femmes sont organisés en groupements de promotion féminine (GPF). Elles s’occupent de la collecte de la paille à proximité des champs de culture, sur les parcours de bétail et en forêt. Le transport est réalisé par portage à pied ou à l’aide d’une charrette. Cette tâche est pénible car les distances entre le village et les zones de prélèvements peuvent être longue (2km). Ajoutons que ces prélèvements participent à la protection des habitations et des vergers contre les incendies, et permettent également de valoriser la végétation qui est coupée lors de l’ouverture des pares-feux en périphérie des forêts communautaires ou classées.

Photo

Étape 2
Acteurs impliqués
Femmes
Description de l'étape

Lorsque la paille arrive au village, elle est stockée, puis carbonisée. Le procédé de carbonisation est relativement simple et peu onéreux. Des fûts métalliques sont transformés et utilisés pour réaliser la pyrolyse de la paille. Des accès d’air sont percés dans le fond et un système de fermeture par couvercle est ajouté sur le dessus.

Photo

Étape 3
Description de l'étape

Lors de l’allumage, le couvercle est ouvert et le système agit comme une cheminée, assurant la combustion de la charge et sa montée en température. Les accès d’air ne sont cependant pas suffisants pour assurer une combustion complète des gaz issus de la charge dans l’enceinte du fût. Ceux-ci s’élèvent et s’enflamment au contact de l’oxygène de l’air lorsqu’ils quittent l’enceinte du fût, réalisant ainsi une combustion secondaire. Lorsque toute la charge est carbonisée, l’accès d’air en bas du fût est obturé à l’aide de sable et de terre. A ce stade du processus de fabrication une certaine variabilité a été observée : certaines combustions semblent plus longues que d’autres. Lorsque les flammes s’éteignent, le couvercle est refermé hermétiquement en le recouvrant de terre et de sable.

Photo

Étape 4
Description de l'étape

La phase de refroidissement peut alors commencer. Elle est d’une durée d’environ 10 minutes. Cette phase a davantage pour but de rendre le fût manipulable que d’en éteindre la charge. Une fois refroidie la charge est versée dans une bassine contenant de l’eau mélangée à un liant variable en fonction du produit final désiré. Deux produits sont actuellement utilisé, ayant des propriétés différentes, il s’agit de l’argile pour la confection des briquettes Kérigné Natangué spéciale thiouraye (encent)é et de l’amidon de riz pour la confection du charbon Kérigné Natangué Tiger. Le mélange obtenu est enfin séché au soleil avant d’être ensaché.

Photo

Étape 5
Description de l'étape

Une fois conditionné, le poussier de charbon de paille est transporté au centre de NEBEDAY ou au niveau des groupements féminins de la ville de Kaolack. Principale ville du Bassin arachidier, Kaolack est un carrefour routier important qui compte plus de 300.000 habitants. En 2017, cinq groupements féminins sont engagés dans la confection de briquettes de charbon de paille. A réception du poussier, les groupements de femmes le réhumidifient puis façonnent des briquettes à l’aide d’une rotor presse (RP). Les briquettes sont ensuite séchées puis emballées par 2 en sachets de 500 g.
Les rotor presses ont été confectionnés par l’entreprise BRADES, puis acquis à crédit par les GPF auprès de NEBEDAY. Avant 2017, les RP étaient manuelles mais la pénibilité du travail ont amené l’association a investir dans une presse motorisée, utilisée et gérée par les GPF de la ville de Kaolack. La productivité des presses manuelles équivaut à 20-25kg de briquettes sèches par heure, alors que la presse motorisée offre une productivité trois fois supérieure. A cela s’ajoute la durée possible du temps de travail puisque les femmes s’activaient au maximum trois heures sur la presse manuelle. Avec une presse motorisée, le temps de pressage peut aller au-delà de cinq heures.


Étape 6
Risques
Pour s’engager dans la production de combustibles alternatifs, il est indispensable d’avoir une bonne connaissance des pratiques culinaires nationales voire régionales.
Description de l'étape

Au cours de l’année 2014, un peu plus de vingt (20) tonnes de poussier ont été produites par les groupements féminins. Bien que la production globale fut inférieure aux objectifs initiaux, une dynamique très positive a été constatée dans certains groupements intervenant en milieu rural. Parmi la quinzaine trentaine de GPF engagé dans la production, six (6) sont parvenus à produire plus d’une tonne de poussier au cours de cette année et deux autres groupements ont approché la production d’une tonne de poussier. Les résultats sont encourageants en comparaison avec d’autres projets de production de biocombustibles de substitution (typha par exemple). Au niveau des groupements en activité en milieu urbain, un réel engouement est constaté et la mobilisation des membres des groupements n’a pas fléchi au cours du projet malgré les imprévus et les « ratés » du début. Au cinq groupements actuellement en activité viendront prochainement s’ajouter trois autres groupements de promotion féminine. Le prix du charbon de bois sur le marché urbain de Kaolack explique partiellement cet intérêt pour l’activité.


Quels sont vos critères de réussite ?
  • Remplacer le charbon de bois par le charbon de paille
  • Protéger les forêts de ces zones en adoptant des plans d’aménagement et de gestion raisonnée
  • Renforcer les capacités des populations vulnérables
Commentaires et autres informations

1. Facteurs de réussite

  • L’engagement de l’association NEBEDAY dans la production de briquettes de charbon de paille peut être considéré comme « une aventure » car elle n’avait pas d’expérience dans ce domaine. Toutefois, grâce à sa capacité d’accompagnement des GPF, l’équipe de NEBEDAY a su mobilisé les groupements et apporter un soutien « au mérite ». Grâce à la formalisation des partenariats NEBEDAY-GPF sur la base d’un contrat, des relations saines se sont tissées entre les acteurs et ont contribué au maintien d’une cohésion malgré les difficultés rencontrées. Lorsque le contrat n’était pas respecté, lors de production trop minime par exemple, certains groupements sont été écartés et ont dû rendre le matériel qui leur avait été fourni ;
  • Pour s’engager dans la production de combustibles alternatifs, il est indispensable d’avoir une bonne connaissance des pratiques culinaires nationales voire régionales. Il est également utile d’étudier les utilisations annexes des combustibles ligneux telles que le chauffage, la combustion d’encens ou encore l’alimentation des fers à repasser,…. Ces utilisations peuvent être des marchés de niches sur lesquels la concurrence peut s’avèrer moins fortes ou la comparaison avec l’utilisation des combustibles ligneuses est plus favorable ;
  • Le fait d’avoir impliquer les bénéficiaires dès le départ de cette aventure nous à permis, en tout cas pour certaine d’entres elles de ne pas les « perdre » au cours de nos erreurs et de nos tests. C’est devenu autant le projet de Nebeday que le leur. Ca a été une vraie leçon
  • Le biocombustible peut être plus adapté pour un usage que le charbon de bois et donc même si c’est qu’un seul usage pour lequel il est mieux c’est déjà potentiellements des tonnes de charbon et des milliers d’arbres sauvés !
  • Il ne faut pas se décourager, on se bat dans les biocombustible contre les habitudes ! L’enjeux est de taille donc il faut persévérer.
  • Travailler sur une pénétration du produit lente sur la base de séances de cuisine participative peut s’avérer payante pour permettre aux usagers de changer d’habitude…

2. Défis

  • Des disparités importantes sont constatées en terme de production entre les différents groupements. A court terme, il faudrait parvenir à la constitution d’un « noyau dur » composé d’au moins 10 groupements motivés, capables de produire au moins une tonne de poussier par année ;
  • Pour concurrencer le charbon de bois, il apparait nécessaire de produire un combustible « composites » ayant une composition mixte de produits carbonisés et bruts. Des expériences sont en cours pour ajouter de la coque d’arachique broyée au mélange de poussier de charbon de paille. Pour ce faire, il est indispensable 1) de maitriser les propriétés des biocombustibles solides, 2) d’adapter les procédés de production et 3) de préciser les dosages pour l’obtention d’un combustible optimal.
  • Dans beaucoup de pays du sahel, le désert s’installe de part la pression humaine sur les arbres pour la fabrication de charbon de bois pour permettre aux populations de cuisiner. La croissance démographique dans ces même pays est souvent exponentielle et inversement proportionnel à la vitesse de disparition des forets, Les biocombustibles sont donc une alternative dont on ne pourra pas se passer ! Les états doivent subventionner fortement sa fabrication et suffisamment vite pour que le Sénégal ne deviennent pas un désert.
  • En 2018, Nébeday veut tester le KN dans une nouvelle zone et on pense pour des raisons de couts que ça serait intéressant que les pyrolyseurs sois aussi les presseurs. Donc un gpt féminin produirait le KN de A à Z peut être qu’on pourrait du coup le vendre un peu moins chère et gagner des parts de marché.